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<journal-title>Open Library of Humanities</journal-title>
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<subject>The encounter between asian and western art, 20th&#8211;21st centuries</subject>
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<article-title>Installation Art in China from 1985 to Today: Appropriation Processes between the Western World and Chinese World</article-title>
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<email>sorannmicollier@gmail.com</email>
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<aff id="aff-1"><label>1</label>&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales, Paris, FR</aff>
<pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2019-10-04">
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<license-p>This is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution 4.0 International License (CC-BY 4.0), which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original author and source are credited. See <uri xlink:href="http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/">http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/</uri>.</license-p>
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<abstract>
<p>Depuis le nouveau mill&#233;naire, les installations en art contemporain sont situ&#233;es au c&#339;ur de l&#8217;art contemporain chinois. Elles permettent aux artistes chinois de cr&#233;er des espaces &#171; transculturels &#187; et &#171; dialectiques &#187; et de d&#233;construire les approches essentialistes entre &#171; Orient &#187; et &#171; Occident &#187; pr&#233;sentes dans les discours de l&#8217;art contemporain. Les installations ont &#233;galement &#233;t&#233; largement adopt&#233;es pour explorer l&#8217;art et la pens&#233;e traditionnelle et antique chinoise. Des artistes chinois ont conquis la sc&#232;ne artistique internationale &#224; travers des installations monumentales dans des manifestations de renom. Les installations, issues du monde occidental, ont &#233;merg&#233; en Chine en 1985. Leur histoire a &#233;t&#233; mouvement&#233;e au gr&#233; du contexte politique et &#233;conomique. Elles ont une place particuli&#232;re dans le monde chinois artistique car certains de leurs principes fondateurs, d&#233;finis dans les ann&#233;es 1960 aux &#201;tats-Unis, r&#233;sonnent avec ceux de la peinture chinoise lettr&#233;e. Le d&#233;veloppement des installations en Chine m&#232;ne &#224; des discussions sur les rencontres entre monde occidental et monde chinois. Aujourd&#8217;hui, de nombreux artistes emploient des d&#233;marches artistiques d&#8217;&#171; auto-appropriation culturelle &#187; par le biais d&#8217;installations qui sont appr&#233;ci&#233;es &#224; l&#8217;&#233;chelle internationale. Quelles ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences de l&#8217;introduction des installations en Chine provenant du monde occidental ? Dans quelles mesures cette pratique artistique a-t-elle pu &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une &#171; influence lib&#233;ratrice &#187; ? De quels enjeux les installations en Chine sont-elles les h&#233;riti&#232;res aujourd&#8217;hui ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, l&#8217;histoire des installations en Chine sera retrac&#233;e, ensuite r&#233;sonances entre installation et peinture lettr&#233;e seront &#233;nonc&#233;es et enfin des installations actuelles seront identifi&#233;es pour rendre compte d&#8217;affinit&#233;s dans leur diversit&#233;.</p>
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<p>Since the new millennium, installation art has been at the heart of Chinese contemporary art. It enables Chinese artists to create &#8216;transcultural&#8217; and &#8216;dialectic&#8217; spaces, and deconstruct essentialist approaches between &#8216;East&#8217; and &#8216;West&#8217; that are present in contemporary art discourse. Installations have also been adopted to explore art and traditional and ancient Chinese thought. Some Chinese artists have conquered the international art scene through some monumental installations in renowned exhibitions. Born in the Western world, installation art emerged in China in 1985. Its history has been eventful, depending on the political and economic context. Installation art has a particular place in Chinese art because some of its founding principles, which were defined during the 1960s in the United States, resonate with those of Chinese literati painting. The development of installations in China leads to discussions about the encounters between the Occidental world and Chinese world. Today many artists use artistic approaches of &#8216;self-cultural appropriation&#8217; via internationally celebrated installations. What have been the consequences of the introduction of installation art &#8211; arising from the West &#8211; in China? To what extent has this artistic practice been considered as a liberating influence? What are the issues inherited by today&#8217;s Chinese installations? To answer these questions the history of installation art in China will be recounted, then resonances between installation art and literati painting will be enunciated, and finally some recent installations will be identified to reveal similarities amidst their diversity.</p>
</trans-abstract>
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<sec>
<title>Introduction</title>
<p>Depuis le nouveau mill&#233;naire, les installations en art contemporain sont au c&#339;ur de la sc&#232;ne artistique contemporaine chinoise et internationale. Des installations monumentales d&#8217;artistes reconnus tels que Ai Weiwei, Huang Yong Ping, Cai Guo-Qiang, etc. sont r&#233;guli&#232;rement expos&#233;es dans les manifestations embl&#233;matiques de l&#8217;art contemporain. En Chine, les installations sont le r&#233;sultat de processus de r&#233;ceptions, d&#8217;appropriations et d&#8217;&#233;changes artistiques, philosophiques et intellectuels avec le monde occidental depuis la fin du XX<sup>e</sup> si&#232;cle. Les installations ont &#233;t&#233; officiellement introduites par Robert Rauschenberg en 1985 en R&#233;publique populaire de Chine. Au m&#234;me moment, elles sont en pleine expansion dans le monde occidental. Leur d&#233;veloppement a &#233;t&#233; jalonn&#233; de rebondissements li&#233;s au contexte politico-historique chinois. Les installations produites en Chine furent longtemps consid&#233;r&#233;es comme de simples dispositifs absorbant la &#171; modernit&#233; occidentale &#187;. En r&#233;alit&#233;, elles sont le produit de m&#233;langes entre concepts artistiques occidentaux, r&#233;appropriations de ces derniers, qui parfois r&#233;sonnent avec la pens&#233;e traditionnelle chinoise, et d&#233;marches d&#8217;&#171; auto-appropriation culturelle &#187;. Ces derni&#232;res impliquent une m&#233;thode artistique puisant dans la propre culture traditionnelle de l&#8217;artiste. Au fil du temps, les installations ont construit leurs propres mod&#232;les. Aujourd&#8217;hui, elles permettent de cr&#233;er des espaces &#171; transculturels &#187; et &#171; dialectiques &#187; et de d&#233;construire certaines approches essentialistes entre &#171; Orient &#187; et &#171; Occident &#187; pr&#233;sentes dans les discours de l&#8217;art contemporain (<xref ref-type="bibr" rid="B8">Hopfener, 2012</xref>). Les installations &#233;veillent de multiples explorations sur l&#8217;art et la pens&#233;e traditionnelle et antique chinoise. Elles sont &#233;galement un m&#233;dium propice aux r&#233;flexions critiques sur les changements socio-politiques en Chine.</p>
<p>Quelles ont &#233;t&#233; les cons&#233;quences de l&#8217;introduction des installations en Chine provenant du monde occidental ? Dans quelles mesures cette pratique artistique a-t-elle pu &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une &#171; influence lib&#233;ratrice &#187; ? De quels enjeux les installations en Chine sont-elles les h&#233;riti&#232;res ? Dans le cadre de cette &#233;dition rassemblant r&#233;flexions sur les rencontres entre l&#8217;art &#171; asiatique &#187; et l&#8217;art &#171; occidental &#187; au cours du XX<sup>e</sup> et XXI<sup>e</sup> si&#232;cle, il s&#8217;agit dans cet article de consid&#233;rer l&#8217;influence des installations, en tant que pratique artistique, sur la sc&#232;ne artistique chinoise &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1980. Ni un genre, ni un mouvement artistique, les installations restent difficiles &#224; d&#233;finir et &#224; cat&#233;goriser car leur format est extr&#234;mement mall&#233;able et leurs productions &#233;clectiques et hybrides. Elles sont, en premier lieu, une pratique, un mode ou un type de production artistique (<xref ref-type="bibr" rid="B2">Bishop, 2005</xref>).</p>
<p>L&#8217;histoire des installations en R&#233;publique populaire de Chine de 1985 &#224; aujourd&#8217;hui sera bri&#232;vement retrac&#233;e afin de se pencher sur l&#8217;impact de l&#8217;&#233;mergence de cette pratique issue du monde occidental, sur son d&#233;veloppement et h&#233;ritage actuel. Les r&#233;sonances, &#224; premi&#232;re vue &#233;tonnantes, entre certains principes de l&#8217;installation, d&#233;finis dans les ann&#233;es 1960, et la peinture chinoise lettr&#233;e seront &#233;nonc&#233;es. Enfin, trois installations datant de la fin des ann&#233;es 2000 d&#8217;artistes chinois contemporains seront d&#233;crites et mises en relation pour discuter de l&#8217;appropriation culturelle en art contemporain chinois.</p>
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<sec>
<title>L&#8217;Histoire des Installations en Chine de 1985 &#224; Aujourd&#8217;hui</title>
<p>En 1978, les r&#233;formes &#233;conomiques post-mao&#239;stes initi&#233;es par Deng Xiaoping marquent le d&#233;but de la p&#233;riode d&#8217;ouverture de la R&#233;publique populaire de Chine. Cette nouvelle &#232;re a des r&#233;percussions majeures aupr&#232;s des artistes. En effet, ils peuvent enfin pratiquer l&#8217;&#171; art contemporain &#187;, interdit depuis la R&#233;volution culturelle. Au milieu des ann&#233;es 1980, l&#8217;art contemporain chinois<xref ref-type="fn" rid="n1">1</xref> prend une autre dimension : les artistes ont acc&#232;s aux &#339;uvres, performances, r&#233;flexions, d&#233;bats des mouvements avant-garde occidentaux des ann&#233;es 1960 (art conceptuel, performance, minimalisme, pop art, land art, body art, etc.). Toutes ces d&#233;couvertes artistiques, politiques et philosophiques nourrissent et inspirent &#233;norm&#233;ment le milieu artistique chinois dont le contexte politique et &#233;conomique se pr&#234;te &#224; accueillir de nouvelles formes d&#8217;art.</p>
<p>De 1985 &#224; 1990, Robert Rauschenberg se rend dans dix pays (Chine, Chili, Venezuela, Tibet, Japon, Cuba, ex-URSS, Malaisie et Allemagne) pour pr&#233;senter son grand projet : The Rauschenberg Overseas Culture Interchange (ROCI). L&#8217;objectif est de promouvoir les droits de l&#8217;homme et la libert&#233; d&#8217;expression artistique dans des pays o&#249; la cr&#233;ation artistique est r&#233;prim&#233;e. &#192; chaque destination, l&#8217;artiste expose certaines de ses &#339;uvres et d&#233;signe des ateliers temporaires pour &#233;changer avec artistes locaux, &#233;tudiants, universitaires et habitants. Il souhaite &#233;tablir un dialogue avec les communaut&#233;s locales &#224; travers le processus de cr&#233;ation. En novembre 1985, Rauschenberg pr&#233;sente ROCI au Mus&#233;e d&#8217;art national de Chine &#224; P&#233;kin. Il est le premier artiste &#233;tranger autoris&#233; &#224; avoir son exposition monographique en Chine depuis cinq d&#233;cennies. Cette manifestation conna&#238;t un &#233;norme succ&#232;s et attire plus de 300 000 visiteurs. Elle a influenc&#233; en profondeur le d&#233;veloppement de l&#8217;art chinois et en particulier le courant 85&#8217;New Wave. &#192; travers cette exposition historique, les artistes et le public chinois voient et font l&#8217;exp&#233;rience pour la premi&#232;re fois d&#8217;installations <italic>in vivo.</italic> Au m&#234;me moment, les installations sont en pleine expansion dans le monde occidental. Combinaisons de toutes sortes de mat&#233;riaux, objets, <italic>ready-made</italic>, les installations expos&#233;es sont multim&#233;dia et r&#233;v&#232;lent l&#8217;aspect arbitraire des genres en art (<xref ref-type="bibr" rid="B7">He, 2008</xref>). Ces formes hybrides sont compl&#232;tement novatrices. Dans un premier temps, elles choquent le public puis ont un v&#233;ritable impact dans le milieu artistique. Suite &#224; cette rencontre d&#233;routante, les artistes se tournent vers de nouveaux projets avec entrain et se lancent, &#224; leur tour, dans la pratique d&#8217;installations. La production d&#8217;installations est alors en pleine ascension. Bien que la plupart des artistes ne ma&#238;trisent pas r&#233;ellement les concepts, principes et origines des installations, ils les incluent dans leur pratique parce qu&#8217;elles sont encourag&#233;es par la sc&#232;ne artistique occidentale et vont &#224; l&#8217;encontre du syst&#232;me rigide ant&#233;rieur (<xref ref-type="bibr" rid="B12">Lee, 2014 : 21</xref>). Elles sont &#233;galement un m&#233;dium id&#233;al pour se positionner en rupture avec la peinture acad&#233;mique et traditionnelle chinoise. L&#8217;ouverture de la RPC reste r&#233;cente, tout comme l&#8217;acc&#232;s aux mouvements des ann&#233;es 1960, et donc la ma&#238;trise de cette nouvelle forme d&#8217;art n&#8217;est pas toujours &#233;vidente. Des artistes incluant Zhu Jinshi, Cai Guo-Qiang, Gu Wenda, etc. &#233;migrent &#224; l&#8217;&#233;tranger pour trouver un environnement artistique plus stimulant. Ceux qui restent, tels que Xu Bing ou Lu Shengzhong, commencent &#224; construire leur propre langage puisant leurs sources dans la culture et pens&#233;e chinoise traditionnelle et attirent la sc&#232;ne internationale d&#232;s les ann&#233;es 1990.</p>
<p>En 1989, l&#8217;exposition &#171; Chine/Avant-Garde &#187; au Mus&#233;e d&#8217;art national chinois &#224; P&#233;kin est la premi&#232;re exposition nationale d&#8217;&#171; art exp&#233;rimental &#187; et marque un moment charni&#232;re dans l&#8217;histoire de l&#8217;art contemporain chinois. Elle rassemble environ 200 artistes venant de diverses r&#233;gions du pays et de nombreuses installations telles que <italic>A History of Chinese Painting</italic> et <italic>A Brief History of Modern Painting Washed in the Washing Machine for Two Minutes</italic> de Huang Yong Ping, <italic>Black Box</italic> de Zhang Yongjian, <italic>Waterbed</italic> de Shen Yuan, etc. sont expos&#233;es. &#171; Chine/Avant-Garde &#187; est suivie par les douloureux &#233;v&#233;nements de Tian An Men quelques mois plus tard. Il s&#8217;ensuit une dissolution de la sc&#232;ne artistique au d&#233;but des ann&#233;es 1990. N&#233;anmoins, certains artistes continuent &#224; produire dans le cadre d&#8217;une sc&#232;ne <italic>underground</italic> r&#233;duite &#224; un cercle minime. Les installations se d&#233;veloppent par le biais de l&#8217; &#171; Art de l&#8217;Appartement &#187; au sein d&#8217;habitations, loin des autorit&#233;s. D&#8217;autres artistes, tels que Huang Yong Ping, Xu Bing ou encore Wu Shanzhuan, &#233;migrent &#224; l&#8217;&#233;tranger. Pour se faire conna&#238;tre sur la sc&#232;ne internationale, ces derniers incorporent des &#233;l&#233;ments &#171; orientaux &#187; qui r&#233;pondent aux attentes du public occidental (<xref ref-type="bibr" rid="B12">Lee, 2014 : 26</xref>). De la m&#234;me mani&#232;re, les commissaires d&#8217;expositions jouent avec le label orientalisant d&#8217; &#171; artiste chinois &#187;. En 1993, 14 artistes chinois, incluant Xu Bing, Zeng Fanzhi, Liu Xiadong, Fang Lijun, Zhang Peili, Yan Peiming, Yue Minjun, etc., participent &#224; la 45<sup>e</sup> &#233;dition de la Biennale de Venise. En Chine, les installations restent dans le cercle <italic>underground</italic> jusqu&#8217;en 1994 lorsque le mus&#233;e de l&#8217;&#201;cole normale de P&#233;kin obtient l&#8217;autorisation d&#8217;organiser l&#8217;exposition &#171; The International Com-Art Show: China, Korea and Japan &#8216;94 &#187;. Cette derni&#232;re regroupe des installations de Song Dong, Gu Dexin, etc. L&#8217;exposition &#171; Installation, Environnement, Action &#187; &#224; Shanghai participe &#233;galement &#224; la valorisation des installations. Les expositions &#171; Open Your Eyes, Close Your Mouth &#187;, &#171; Beijing and Berlin Communication Exhibition &#187;, 1995 et &#171; Displacement &#187;, 1995, leur succ&#232;dent. L&#8217;Universit&#233; normale de P&#233;kin devient un espace artistique d&#8217;avant-garde incontournable. Progressivement, les installations sont expos&#233;es dans les institutions artistiques officielles. En 1996, deux expositions &#224; Shanghai s&#8217;inscrivent parmi les premi&#232;res manifestations nationales d&#8217;installations : la premi&#232;re &#233;dition de la Biennale de Shanghai au Mus&#233;e des beaux-arts de Shanghai avec Chen Zhen, Zhang Jianjun et Gu Wenda et renvoie l&#8217;image d&#8217;un pays qui s&#8217;ouvre au monde et &#171; Au Nom de L&#8217;Art &#187; organis&#233;e au Mus&#233;e Liu Haisu. Durant les ann&#233;es 1990, le d&#233;veloppement des installations est &#233;troitement li&#233; &#224; celui de l&#8217;art conceptuel, &#224; l&#8217;utilisation du <italic>ready-made</italic> et de la performance. L&#8217;int&#233;gration progressive d&#8217;autres media comme la photographie, la vid&#233;o, l&#8217;&#233;criture, Internet, etc. complexifie les installations. &#192; la fin de la d&#233;cennie, l&#8217;art contemporain chinois se d&#233;veloppe fortement. Il provoque un fort enthousiasme dans les pays &#233;trangers. Les artistes chinois commencent &#224; &#234;tre visibles sur la sc&#232;ne internationale : l&#8217;exposition &#171; Immutability and Fashion: Chinese Contemporary Art in the Midst of Changing Surroundings &#187; (1997) au Japon ou encore &#171; Another Long March: Chinese Contemporary Art Show &#187; (1997) aux Pays-Bas en sont des t&#233;moins. Les installations expos&#233;es au grand jour permettent aux acteurs de la sc&#232;ne internationale de mieux comprendre et appr&#233;hender leur d&#233;veloppement. La troisi&#232;me &#233;dition de la Biennale de Shanghai en 2000 a &#233;t&#233; un pivot dans l&#8217;histoire de l&#8217;art contemporain chinois et dans l&#8217;histoire des installations.</p>
<p>Les artistes des ann&#233;es 1990 ont finalement eu peu d&#8217;information sur les installations issues du monde occidental : autodidactes, ils ont rencontr&#233; des difficult&#233;s et des &#233;checs sur le chemin de &#171; apprentissage &#187;. La pratique de l&#8217;installation a &#233;galement &#233;t&#233; une forme de r&#233;sistance contre le r&#233;alisme de l&#8217;art politique officiel, incarnant les nouveaux enjeux soci&#233;taux et une nouvelle voie artistique et critique. &#192; l&#8217;entr&#233;e dans le nouveau mill&#233;naire, les artistes chinois rebondissent. En 2001, l&#8217;Acad&#233;mie d&#8217;Art de Chine &#224; Hangzhou rajoute des cours d&#8217;initiation aux installations et &#171; installations interactives &#187; au sein des &#233;coles d&#8217;art. En 2004, l&#8217;Acad&#233;mie centrale de P&#233;kin propose un programme sur les installations sous le nom d&#8217;&#171; art exp&#233;rimental &#187;. L&#8217;&#233;ducation en Chine de l&#8217;&#171; art exp&#233;rimental &#187; a accord&#233; et accorde encore une place pr&#233;&#233;minente &#224; l&#8217;installation et l&#8217;art vid&#233;o. Le spectre des installations a &#233;volu&#233; d&#8217;une application directe des <italic>ready-made</italic> vers une synth&#232;se de vid&#233;o, sculpture et media interactifs d&#233;rivant des nouvelles technologies (<xref ref-type="bibr" rid="B12">Lee, 2014 : 31</xref>). Depuis, la pratique de l&#8217;installation est une v&#233;ritable force et un atout en Chine. Aujourd&#8217;hui, les jeunes &#233;tudiants en art ont acc&#232;s &#224; un apprentissage formel et syst&#233;matique. Nombreux sont les artistes invit&#233;s dans les grandes manifestations internationales, telles que la Biennale de Venise, la Biennale de Sao Paulo, la Documenta, Art Basel, Monumenta, etc., qui y pr&#233;sentent des installations.</p>
<p>L&#8217;histoire des installations en Chine n&#8217;a donc pas &#233;t&#233; lin&#233;aire ; elle a travers&#233; des phases diverses au gr&#233; des r&#233;pressions politiques des ann&#233;es 1980 aux ann&#233;es 2000. Leur introduction a &#233;t&#233; &#171; lib&#233;ratrice &#187; dans le sens o&#249; elles ont mis en lumi&#232;re une nouvelle mani&#232;re de pratiquer et concevoir l&#8217;art tout en bouleversant la d&#233;limitation des media en art. &#192; cette &#233;poque, les artistes &#171; occidentaux &#187; sont consid&#233;r&#233;s comme des figures incarnant la libert&#233;, des personnalit&#233;s &#233;mancip&#233;es, des mod&#232;les &#224; suivre. Les installations ont donc &#233;galement repr&#233;sent&#233; un moyen de contestation. Elles se sont d&#233;velopp&#233;es aux &#201;tats-Unis et en Europe comme un contre-pouvoir et un moyen d&#8217;expression critique et de transgression. En Chine, les premi&#232;res &#339;uvres en r&#233;ponse aux installations, sujettes d&#8217;abord &#224; l&#8217;&#233;tonnement puis &#224; l&#8217;admiration, sont per&#231;ues comme des essais, des imitations pr&#233;textes &#224; se placer en opposition aux politiques r&#233;pressives. Les artistes sont d&#233;sireux de s&#8217;aligner avec les pratiques en vogue sur la sc&#232;ne internationale. Les installations r&#233;alis&#233;es par les artistes chinois ont longtemps &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme de simples copies d&#8217;une pratique artistique occidentale et d&#8217;une adoption totale de la modernit&#233; &#171; occidentale &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B11">Koch, 2014</xref>). Le discours de l&#8217;art contemporain d&#233;rivant d&#8217;une vision ethnocentrique a biais&#233; le regard port&#233; sur le d&#233;veloppement des pratiques contemporaines dans les pays &#171; non-occidentaux &#187; &#224; la fin du XX<sup>e</sup> si&#232;cle. Leur pertinence conceptuelle a particuli&#232;rement &#233;t&#233; remise en cause. Dans le contexte chinois, les installations sont, en r&#233;alit&#233;, bien plus complexes qu&#8217;un &#171; plaquage &#187; d&#8217;une pratique du monde occidental. Elles sont devenues une forme artistique tr&#232;s importante. Certaines ont marqu&#233; l&#8217;histoire globale de l&#8217;art contemporain, telles que <italic>A Book from the Sky</italic> de Xu Bing (1987&#8211;1991), <italic>Jue Chang-Fifty Strokes to Each</italic> de Chen Zhen (1998), <italic>Sunflower Seeds</italic> de Ai Weiwei (2010), <italic>Head On</italic> de Cai Guo-Qiang (2006), etc. Au fil des ann&#233;es, les artistes chinois se sont adonn&#233;s &#224; une exploration profonde de la mall&#233;abilit&#233; et l&#8217;hybridation que l&#8217;installation permet. Ils se sont r&#233;appropri&#233; pleinement ce m&#233;dium par le biais de leurs propres grilles de lecture et langages artistiques.</p>
</sec>
<sec>
<title>R&#233;sonances entre Installations et Peinture Traditionnelle Chinoise</title>
<p>Une corr&#233;lation, &#233;tonnante &#224; premi&#232;re vue, rend compte du contexte qui a pu faciliter l&#8217;aisance avec laquelle les artistes chinois ont adopt&#233; et ma&#238;tris&#233; cette pratique artistique : il s&#8217;agit de r&#233;sonances entre des principes fondateurs des installations, d&#233;finis dans les ann&#233;es 1960 aux &#201;tats-Unis et de la peinture lettr&#233;e, dont les premiers textes th&#233;oriques datent du II<sup>e</sup>&#8211;IV<sup>e</sup> si&#232;cle (<xref ref-type="bibr" rid="B9">Kamenarovic, 1999 : 2</xref>). Pour construire leur identit&#233;, les installations ont fortement &#233;t&#233; influenc&#233;es par les sculptures minimalistes, elles-m&#234;mes largement inspir&#233;es de la ph&#233;nom&#233;nologie merleaupontienne dans le d&#233;but des ann&#233;es 1960 aux &#201;tats-Unis. Les affinit&#233;s entre principes clefs de l&#8217;art pictural traditionnel chinois (calligraphie et peinture) et fondements de la pens&#233;e chinoise et ceux des installations ont renforc&#233; l&#8217;obtention de leur place privil&#233;gi&#233;e dans le monde artistique chinois. Ces affinit&#233;s vont &#224; contre-sens de l&#8217;id&#233;e d&#8217;une pratique qui serait compl&#232;tement nouvelle, &#233;trang&#232;re et avant-gardiste. Alors que les installations marquent une r&#233;elle rupture historique et conceptuelle dans leur espace culturel d&#8217;origine, elles apparaissent autrement &#224; la lumi&#232;re de la pens&#233;e chinoise. Bien que les installations en Chine aient &#233;galement un fort ancrage politique, l&#8217;approche de l&#8217;art et du monde, soutenue par la pratique de l&#8217;installation, renvoie &#224; l&#8217;h&#233;ritage traditionnel chinois. Ancr&#233;e dans un espace-temps autre et dans une aire g&#233;ographique et culturelle pourtant si &#233;loign&#233;e, l&#8217;installation, fruit d&#8217;une d&#233;construction moderne de la pens&#233;e cart&#233;sienne et peinture lettr&#233;e, h&#233;rit&#233;e d&#8217;une longue tradition, convergent. Cette approche comparative est incontestablement d&#233;licate et implique certains rapprochements, simplifications et d&#233;contextualisations pour r&#233;unir ces deux mondes complexes. En contrepartie, les points de recoupement demeurent riches en contenus.</p>
<p>Une des diff&#233;rences flagrantes est que l&#8217;installation est en trois-dimensions et la peinture en deux-dimensions. N&#233;anmoins, dans la pens&#233;e chinoise, l&#8217;art s&#8217;inscrit dans le monde ; ce qui est peint ou ce que la peinture repr&#233;sente sont du m&#234;me ordre (<xref ref-type="bibr" rid="B5">Escande, 2001</xref>). Autrement dit, le spectateur est tout aussi immerg&#233; face &#224; une peinture que face &#224; un paysage. La peinture est autant &#171; interactive &#187;, &#171; immersive &#187;, tangible qu&#8217;un objet ou un espace en trois dimensions. Dans le monde occidental, cette vision est impossible &#224; envisager car les dichotomies sont tr&#232;s marqu&#233;es et particuli&#232;rement celles entre le monde &#171; r&#233;el &#187; et le monde psychique ou imagin&#233;. Par contre, en se pla&#231;ant du point de vue chinois, l&#8217;installation ou la peinture ont la potentialit&#233; de provoquer le m&#234;me type de sensations ou d&#8217;interactions chez le spectateur. Dans les deux pratiques, une continuit&#233; entre la vie et l&#8217;art est con&#231;ue. Dans le monde chinois, traditionnellement l&#8217;art s&#8217;ins&#232;re dans la vie ; dans l&#8217;occidental, depuis le XX<sup>e</sup> si&#232;cle, l&#8217;artiste tente d&#8217;abolir les fronti&#232;res entre l&#8217;art et la vie. Dans l&#8217;installation et la peinture chinoise, les points de vue sont multiples. L&#8217;&#233;clatement de points de vue est le principe fondateur des installations : le spectateur se doit d&#8217;observer l&#8217;&#339;uvre &#224; travers plusieurs prismes. Dans la peinture lettr&#233;e, une vision globale ainsi que diff&#233;rentes vues d&#8217;une m&#234;me sc&#232;ne sont peintes simultan&#233;ment : il s&#8217;agit de transcender les rep&#232;res spatio-temporels. Dans l&#8217;installation, l&#8217;artiste brouille intentionnellement les rep&#232;res spatio-temporels du spectateur. Il est int&#233;ressant de remarquer que dans les deux pratiques, les relations entretenues entre les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de l&#8217;&#339;uvre sont primordiales. Celles-ci n&#8217;existent que dans leur totalit&#233;. Dans les deux cas, le spectateur est invit&#233; &#224; participer et agir sur l&#8217;&#339;uvre, qui n&#8217;est finalement jamais achev&#233;e. Elle &#233;volue en continu au travers de l&#8217;engagement des divers spectateurs au fil du temps. L&#8217;emphase porte sur le processus : le public a affaire &#224; une &#339;uvre &#171; en train de &#187;. La place du spectateur est centrale. En effet, les deux formes sont interactives : l&#8217;&#339;uvre est avant tout une exp&#233;rience &#224; vivre activement. La peinture chinoise est la trace d&#8217;une exp&#233;rience int&#233;rieure de l&#8217;artiste, que ce dernier tente de transmettre. Cependant, chaque spectateur fait sa propre exp&#233;rience de l&#8217;exp&#233;rience de l&#8217;artiste. Dans les installations, chaque spectateur a une exp&#233;rience propre de l&#8217;espace am&#233;nag&#233;, m&#234;me si le dispositif mis en sc&#232;ne par l&#8217;artiste a une vis&#233;e sp&#233;cifique. Dans les deux formats, le parcours du public est essentiel. Dans le cas chinois, le parcours est imaginaire et spirituel ; dans le cas occidental, il est physique et par extension mental. Les deux pratiques adoptent une perspective &#233;cologique et ph&#233;nom&#233;nologique du monde : elles exploitent pleinement le sensible, le sensoriel, le subjectif et envisagent un jeu de r&#233;ciprocit&#233; entre l&#8217;observateur et ce qui est observ&#233;, entre le spectateur et l&#8217;&#339;uvre, entre le sujet et l&#8217;objet. Les deux formes construisent finalement des espaces sans dichotomies o&#249; aucun &#233;l&#233;ment n&#8217;en exclut un autre.</p>
<p>Ces r&#233;sonances trouvent des racines dans les concordances entre la ph&#233;nom&#233;nologie et la pens&#233;e traditionnelle chinoise. L&#8217;installation s&#8217;av&#232;re donc &#234;tre une passerelle id&#233;ale pour penser leur lien. Elle r&#233;v&#232;le des &#233;changes intellectuels entre le monde occidental et chinois depuis le si&#232;cle dernier. Il est int&#233;ressant d&#8217;observer que modernit&#233; et tradition de deux aires culturelles &#233;loign&#233;es convergent. En r&#233;alit&#233;, des grands philosophes europ&#233;ens, tels que Leibniz, Voltaire, F&#233;nelon, Hegel ou Kant, sont influenc&#233;s par les discussions sur la pens&#233;e chinoise au XVIII<sup>e</sup> si&#232;cle : l&#8217;interpr&#233;tation de textes fondateurs (<xref ref-type="bibr" rid="B22">Yi Jing, 1980</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B20">Liji, 1899</xref>; <xref ref-type="bibr" rid="B19">Dao De Jing, 1965</xref>) et les d&#233;bats intellectuels initi&#233;s en Europe dans le cadre de la &#171; querelle des rites &#187; s&#8217;inscrivent dans le contexte historique des missions des J&#233;suites en Chine (<xref ref-type="bibr" rid="B6">Etiemble, 1988</xref>). Les premiers ph&#233;nom&#233;nologues du d&#233;but du XX<sup>e</sup> si&#232;cle sont parmi leurs h&#233;ritiers et se positionnent en rupture avec la vision du monde dualiste, tel que Husserl (1859&#8211;1938). Ce dernier a lui-m&#234;me &#233;t&#233; influenc&#233; par Whitehead (1861&#8211;1947), qui a d&#233;velopp&#233; une philosophie co&#239;ncidant en des points importants avec la pens&#233;e chinoise traditionnelle et cherch&#233; &#224; transcender l&#8217;&#171; Occident &#187; et l&#8217;&#171; Orient &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B18">Tong, 1979 : 319</xref>). En retour, les penseurs chinois modernes au XX<sup>e</sup> si&#232;cle se sont nourris de la ph&#233;nom&#233;nologie venue d&#8217;&#171; Occident &#187; d&#232;s son &#233;mergence. Ce courant philosophique a imm&#233;diatement suscit&#233; de l&#8217;int&#233;r&#234;t et attir&#233; de nombreux partisans en Asie orientale (<xref ref-type="bibr" rid="B17">Tani et al, 2015</xref>). En se pla&#231;ant dans cette perspective, il n&#8217;est pas &#233;tonnant que la ph&#233;nom&#233;nologie et les installations portent des &#171; tonalit&#233;s &#187; semblables &#224; celles de la pens&#233;e et de l&#8217;art traditionnel chinois. Donnant lieu &#224; des r&#233;appropriations r&#233;ciproques, cette rencontre engendre un processus circulaire. Les installations se pr&#233;sentent donc comme une porte d&#8217;entr&#233;e pour observer les &#233;changes entre monde occidental et chinois du XIX<sup>e</sup> si&#232;cle &#224; aujourd&#8217;hui, eux-m&#234;mes h&#233;ritiers d&#8217;interrelations remontant &#224; l&#8217;Antiquit&#233;. En outre, ces deux aires culturelles ne sont peut-&#234;tre pas si &#233;loign&#233;es. Les soci&#233;t&#233;s et les cultures se sont toujours construites en interactions les unes avec les autres, qu&#8217;elles soient proches ou lointaines. M&#234;me si l&#8217;&#233;tude des rencontres interculturelles est complexe, elle s&#8217;av&#232;re essentielle et l&#8217;art est une fen&#234;tre prometteuse pour la mener.</p>
</sec>
<sec>
<title>Installations Contemporaines : D&#233;marches d&#8217;Auto-Appropriation Culturelle</title>
<p>L&#8217;&#233;tat actuel, la richesse et la complexit&#233; des installations en Chine sont donc le fruit de cette histoire singuli&#232;re jalonn&#233;e de rebondissements. Les installations actuelles d&#233;rivent de processus intenses d&#8217;&#233;changes et d&#8217;interactions inscrits dans les circuits artistiques globaux. Elles inculquent &#171; une compr&#233;hension performative &#187;, c&#8217;est-&#224;-dire que leur signification est g&#233;n&#233;r&#233;e dans le processus m&#234;me de l&#8217;exp&#233;rience de ces derni&#232;res (<xref ref-type="bibr" rid="B8">Hopfener, 2012 : 65</xref>). Les installations incorporent donc le &#171; m&#233;dium de la transformation &#187; et sont propices &#224; la cr&#233;ation d&#8217;espaces &#171; transculturels &#187;, &#171; dialectiques &#187; et &#171; horizontaux &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B8">Hopfener, 2012 : 66</xref>). Beaucoup d&#8217;artistes chinois approchent le monde d&#8217;aujourd&#8217;hui par le biais d&#8217;une pens&#233;e mill&#233;naire classique ou antique et cherchent de nouvelles voies de d&#233;passement entre l&#8217;&#171; Occident &#187; et l&#8217;&#171; Orient &#187; qu&#8217;ils mettent en sc&#232;ne dans les installations (<xref ref-type="bibr" rid="B14">Li, 2014 : 302</xref>). Ces derni&#232;res se r&#233;v&#232;lent &#233;galement sujettes aux explorations sur les pr&#233;misses de l&#8217;art traditionnel, sur la pens&#233;e traditionnelle et sur l&#8217;histoire de la Chine. L&#8217;&#233;ventail d&#8217;installations produites est tr&#232;s large. Trois installations de trois artistes chinois issus de trajectoires diff&#233;rentes ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;es afin de montrer diff&#233;rentes mani&#232;res de travailler l&#8217;installation, qui se rejoignent finalement en plusieurs points. Ces trois &#339;uvres permettent d&#8217;initier une r&#233;flexion sur l&#8217;h&#233;ritage de l&#8217;histoire des installations en Chine, les passerelles entre &#171; art occidental &#187; et &#171; art chinois &#187; et sur les processus d&#8217;appropriation culturelle r&#233;pandues.</p>
</sec>
<sec>
<title><italic>V</italic>, <xref ref-type="bibr" rid="B13">Li Hui, 2011</xref></title>
<p>Li Hui, artiste p&#233;kinois, a expos&#233; une installation intitul&#233;e <italic>V</italic> en 2011 &#224; l&#8217;Ullens Center for Contemporary Art &#224; P&#233;kin (Figure <xref ref-type="fig" rid="F1">1</xref>). L&#8217;installation a &#233;t&#233; con&#231;ue sp&#233;cifiquement pour l&#8217;espace du <italic>Nave</italic>. Dans une chambre noire, un panneau de lasers rouges, accroch&#233; en biais et en hauteur dans l&#8217;espace, est orient&#233; vers un miroir sur le sol. Les faisceaux se r&#233;fl&#233;chissent dans le miroir et &#171; rebondissent &#187; vers le plafond, donnant &#224; voir une forme de &#171; V &#187;. Les lignes rouges se diffusent dans l&#8217;espace et font appara&#238;tre des petits points rouges lorsqu&#8217;elles rencontrent le plafond, le miroir, le mur. Par moments, de la fum&#233;e artificielle traverse la pi&#232;ce et interagit avec le jeu de lumi&#232;res. Le public se retrouve plong&#233; dans cet environnement hautement sensoriel. Le public se regarde dans le miroir, joue avec les lignes immat&#233;rielles dessin&#233;es par les lasers en passant mains ou corps &#224; travers. La lumi&#232;re est fascinante car elle est visible mais intangible : elle est vue mais ne peut &#234;tre touch&#233;e, ainsi elle &#171; performe &#187; seulement par elle-m&#234;me (<xref ref-type="bibr" rid="B13">Li, 2011</xref>). &#192; travers cette &#339;uvre, Li Hui dit vouloir g&#233;n&#233;rer une r&#233;ponse &#171; spirituelle &#187; chez le public. L&#8217;artiste s&#8217;est &#233;loign&#233; de sa formation artistique traditionnelle et est devenu un artiste pionnier en multim&#233;dia. Li Hui s&#8217;inscrit dans une nouvelle g&#233;n&#233;ration d&#8217;artistes p&#233;kinois qui manipulent la technologie de pointe pour explorer &#171; les fondements mystiques et rationnels de l&#8217;existence humaine &#187;. Il a une d&#233;marche artistique introspective qui s&#8217;inspire du bouddhisme, tao&#239;sme et chamanisme, dont r&#233;sultent des installations conceptuelles. L&#8217;artiste explore les grandes questions que sont la vie et la mort, l&#8217;existence et la transcendance, la mat&#233;rialit&#233; et la spiritualit&#233;, la technologie et l&#8217;humanit&#233;. Dans la recherche de Li, la menace d&#8217;un futur post-humain terrifiant est toujours pr&#233;sente, au-del&#224; de la &#171; beaut&#233; &#187; qui s&#8217;en d&#233;gage (<xref ref-type="bibr" rid="B4">Chow, 2011</xref>).</p>
<fig id="F1">
<label>Figure 1</label>
<caption>
<p><italic>V</italic>, Li Hui, 2008. Laser, mirror, smoke, dimensions variable. Installation view courtesy of the UCCA Center for Contemporary Art, photo by Danny Chen.</p>
</caption>
<graphic xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="/article/id/4602/file/30027/"/>
</fig>
</sec>
<sec>
<title><italic>Lure</italic>, &#8220;Red Thread Series&#8221;, Beili Liu, 2008</title>
<p>Beili Liu est une artiste originaire du Jilin en Chine et vit aux &#201;tats-Unis maintenant depuis plus de 20 ans. L&#8217;installation <italic>Lure</italic> fait partie d&#8217;une s&#233;rie intitul&#233;e &#171; Red Thread Legend &#187; (Figure <xref ref-type="fig" rid="F2">2</xref>). Ce titre r&#233;f&#232;re &#224; la l&#233;gende du &#171; fil rouge du destin &#187; qui provient originellement du conte <italic>L&#8217;auberge de fian&#231;ailles</italic> dans le recueil <italic>Xuyou guailu</italic> datant de la dynastie des Tang (<xref ref-type="bibr" rid="B21">Li, 1995</xref>). La l&#233;gende raconte que lorsque les enfants naissent, des fils rouges invisibles les relient &#224; leur &#226;me-s&#339;ur. Au cours de leur vie, les fils se raccourcissent : les deux &#226;mes-s&#339;urs se rapprochent, malgr&#233; les circonstances ext&#233;rieures et, &#233;ventuellement, se rencontrent. <italic>Lure</italic> a &#233;t&#233; reconstitu&#233;e plusieurs fois dans des galeries et des institutions en Europe (Kaunas Biennale, Lituanie), aux &#201;tats-Unis (Urban Institute for Contemporary Art, Grand Rapids, Chinese Cultural Foundation of San Francisco) et en Chine (Elisabeth de Brabant Art Center, Shanghai) entre 2008 et 2013. <italic>Lure</italic> est compos&#233;e de milliers de disques de fils rouge enroul&#233;s de 2,5 cm de diam&#232;tre. La couleur rouge, intense et voluptueuse, est le symbole du bonheur et de la prosp&#233;rit&#233; en Chine. Chaque disque est perc&#233; d&#8217;une aiguille contenant un autre fil rouge dans leur trou suspendu au plafond. Des disques sont reli&#233;s &#224; d&#8217;autres et forment une paire. Ils sont relativement pr&#232;s du sol et s&#8217;&#233;tendent sur toute la pi&#232;ce de la galerie. Ainsi, avec les courants d&#8217;air ou les mouvements des spectateurs, les disques oscillent, tournent doucement, se d&#233;placent tout comme les fils s&#8217;emm&#234;lant sur le sol. L&#8217;ensemble forme un amas organique qui semble flotter dans l&#8217;espace et s&#8217;&#233;tendre. L&#8217;artiste plonge le public dans un univers onirique : l&#8217;&#339;uvre est hautement &#171; m&#233;taphorique &#187; : les disques repr&#233;sentent &#224; la fois des individus dans une foule et un large &#171; organisme &#187; qui respire, autrement dit, ils incarnent le personnel, le collectif et le monde (<xref ref-type="bibr" rid="B10">Kaplos, 2009</xref>). Le contraste entre la mat&#233;rialit&#233; du fil (textile, souple, mou, l&#226;che, l&#233;ger) et de l&#8217;aiguille (m&#233;tal, coupant, dur) rel&#232;ve de l&#8217;emploi de couples antagonistes avec lesquels l&#8217;artiste travaille. Elle cr&#233;e des installations immersives <italic>in situ</italic> qui &#233;voquent la fragilit&#233;, le passage du temps, l&#8217;&#233;ph&#233;m&#232;re. Son approche est po&#233;tique et associe le geste, le temps et la mati&#232;re. Beili Liu travaille sur les mat&#233;riaux et leur potentialit&#233; de transformation. Ces espaces entre-deux plongent les spectateurs dans une atmosph&#232;re calme et m&#233;ditative o&#249; des r&#233;f&#233;rences &#224; la culture ou &#224; l&#8217;histoire chinoise sont pr&#233;sentes (<xref ref-type="bibr" rid="B16">Taber Avila, 2012</xref>).</p>
<fig id="F2">
<label>Figure 2</label>
<caption>
<p>Lure/Wave (Lure Series), Beili Liu, 2008&#8211;2017. Needles, thread, dimensions variable. Image credit: Beili Liu Studio.</p>
</caption>
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</fig>
</sec>
<sec>
<title><italic>You (you)</italic>, Lee Kit, 2013</title>
<p>Lee Kit, artiste hongkongais vivant &#224; Taipei, a expos&#233; <italic>You</italic> (<italic>you</italic>)<xref ref-type="fn" rid="n2">2</xref> au Campo dans les &#233;v&#233;nements collat&#233;raux de la 55<sup>e</sup> &#233;dition de la Biennale de Venise en 2013. Depuis les murs donnant sur la rue, &#224; la cour int&#233;rieure et aux pi&#232;ces de la galerie, l&#8217;artiste a investi ces diff&#233;rents lieux pour cr&#233;er une seule &#339;uvre. Les murs ext&#233;rieurs sont drap&#233;s de tissus bleus et blancs, ondulant avec le vent. Dans la cour, deux cabines de s&#233;curit&#233;, l&#8217;une d&#8217;entre elle avec un parasol multicolore, sont pr&#233;sentes. Le m&#234;me parasol appara&#238;t plus loin devant le canal. L&#8217;environnement visuel, sonore et contextuel du Campo della Tana fait partie int&#233;grante de l&#8217;&#339;uvre et dialogue avec elle. &#192; l&#8217;int&#233;rieur, la moquette bleue rappelle celle des bureaux et des habitats. Au cours de sa visite, le public rencontre un aspirateur, des tables, des &#233;tag&#232;res, une t&#233;l&#233;vision, des chaises, des tissus, des lampes, des habits ; tout est familier mais, ensemble, les objets forment un environnement inhabituel. Cette &#233;tranget&#233; provient de la d&#233;marche de l&#8217;artiste qui proc&#232;de &#224; des alt&#233;rations infimes afin de cr&#233;er une exp&#233;rience diff&#233;rente du quotidien. Les objets, dans un &#233;ventail de couleurs pastel, sont relativement espac&#233;s, les gestes simples et les arrangements banaux. Cependant les relations qu&#8217;ils entretiennent sont complexes. L&#8217;artiste s&#232;me des fragments autobiographiques et universels : certains r&#233;f&#232;rent au monde de la consommation et au capitalisme, d&#8217;autres &#224; l&#8217;histoire de Hong Kong, d&#8217;autres encore &#224; son histoire personnelle. L&#8217;&#339;uvre traite de moments personnels et collectifs et de leurs &#233;motions respectives. Les spectateurs sont invit&#233;s &#224; remplir les creux et les vides, &#224; rassembler les fragments et &#224; cr&#233;er leur propre narration. D&#8217;une formation de peinture traditionnelle, Lee Kit s&#8217;est &#233;loign&#233; du format conventionnel pour peindre sur des tissus usuels et utiliser l&#8217;espace comme une toile immense. A l&#8217;aide de divers de m&#233;dias du domestique subtilement modifi&#233;s, il s&#8217;int&#233;resse &#224; la fronti&#232;re entre le public et le priv&#233;, l&#8217;absence et la pr&#233;sence, les souvenirs r&#233;els et imaginaires, l&#8217;ennui et la tendresse, le jeu et la po&#233;sie, l&#8217;intime et l&#8217;ali&#233;nation (<xref ref-type="bibr" rid="B15">Nittve, 2013</xref>).</p>
<p>Les trois installations sont r&#233;alis&#233;es <italic>in situ</italic> et entretiennent un v&#233;ritable dialogue avec l&#8217;architecture de leurs espaces d&#8217;exposition respectifs. L&#8217;importance de ce lien est revendiqu&#233;e dans le discours des artistes. Les trois &#339;uvres sont immersives : elles invitent &#224; une p&#233;n&#233;tration dans l&#8217;espace pour en faire l&#8217;exp&#233;rience. Elles demandent donc la participation du public, qui est primordial pour leur fonctionnement. Un &#233;l&#233;ment central qui les relie est l&#8217;emploi de &#171; dichotomies compl&#233;mentaires &#187; au niveau visuel, sensoriel et conceptuel, rappelant le mod&#232;le <italic>yin-yang</italic>. Les trois artistes cr&#233;ent des espaces entre-deux qui testent les fronti&#232;res entre des &#233;tats, des mat&#233;riaux, des registres oppos&#233;s. Ils construisent des environnements de contemplation, emplis de po&#233;tiques o&#249; le temps semble ralentir, malgr&#233; la pr&#233;sence d&#8217;objets triviaux ou de lasers. Les trois installations t&#233;moignent d&#8217;un monde en transformation constante, habit&#233; par la fragilit&#233; et la vuln&#233;rabilit&#233; qu&#8217;il faut observer avec attention pour en saisir les nuances et les subtilit&#233;s. Pour les trois artistes, des points clefs de l&#8217;installation ne doivent pas para&#238;tre si &#233;loign&#233;s d&#8217;id&#233;es, de pratiques et de comp&#233;tences qu&#8217;ils ont apprises. Par ailleurs, leurs discours contiennent des r&#233;f&#233;rences plus ou moins lointaines et explicit&#233;es &#224; la pens&#233;e, l&#8217;art, la culture ou l&#8217;histoire de la Chine. Leurs sensibilit&#233;s artistiques peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme proches de celles d&#8217;artistes chinois traditionnels &#224; travers leur ton suggestif, non clairement d&#233;fini et la mise en valeur des variations et contrastes infimes. Les installations <italic>Lure</italic> et <italic>V</italic> r&#233;f&#233;rent directement &#224; des &#233;l&#233;ments de la culture chinoise, l&#8217;une l&#233;gendaire o&#249; l&#8217;aspect illustratif peut se ressentir et l&#8217;autre spirituelle o&#249; le lien peut &#234;tre difficile &#224; identifier avec l&#8217;&#339;uvre elle-m&#234;me. <italic>You</italic> (<italic>you</italic>) &#233;tablit &#233;galement un lien avec l&#8217;ontologie chinoise &#224; travers sa fragmentation silencieuse. Les trois artistes finalement s&#8217;inspirent de leurs racines culturelles : ils les remanient et se les approprient &#224; travers leur langage artistique personnel. Dans les diff&#233;rences et divergences des rendus et des processus exploit&#233;s, les trois installations convergent dans leur mise en sc&#232;ne harmonieuse de couples antagonistes, leur esth&#233;tique du &#171; fragile &#187; et leurs discours ambigus.</p>
<p>De nombreux artistes chinois contemporains travaillent sur les &#171; dichotomies compl&#233;mentaires &#187; telles que le plein dans le vide, la pr&#233;sence dans l&#8217;absence, le visible dans l&#8217;invisible, l&#8217;expansion dans la compression, etc., dans leurs installations. Cette recherche s&#8217;exprime, pour une partie de ces artistes, par une esth&#233;tique du &#171; fragile &#187; et une mise en ab&#238;me ph&#233;nom&#233;nologique. Lee Kit, Beili Liu et Li Hui sont des exemples significatifs de ce type de d&#233;marche. Qu&#8217;elle soit intentionnelle, revendiqu&#233;e ou non, elle renvoie directement &#224; des id&#233;es fondamentales de la pens&#233;e chinoise traditionnelle. Le cas de la Chine r&#233;v&#232;le, depuis plusieurs d&#233;cennies, un regain d&#8217;int&#233;r&#234;t et une exploration accrue portant sur la pens&#233;e traditionnelle chinoise et antique. Au sein de ces d&#233;marches, il est parfois difficile de cerner l&#8217;apport r&#233;el par rapport &#224; la tradition et d&#8217;y voir une innovation v&#233;ritable. Les artistes concern&#233;s d&#233;veloppent des pratiques artistiques de r&#233;appropriation d&#8217;arts traditionnels, tout en ayant re&#231;u une transmission familiale, soci&#233;tale et une m&#233;moire historique de perceptions, valeurs et id&#233;es h&#233;rit&#233;es de la culture chinoise qui restent ancr&#233;es dans leurs interrelations au monde. Les deux processus conjoints conduisent &#224; des productions h&#233;t&#233;roclites traitant d&#8217;une certaine vision du monde et de l&#8217;art tout en le m&#234;lant &#224; l&#8217;art et aux concepts &#171; occidentaux &#187; ainsi qu&#8217;aux &#233;v&#233;nements actuels globaux et locaux. Ces productions font interagir &#171; influences traditionnelles &#187; et &#171; occidentales &#187; (<xref ref-type="bibr" rid="B3">Chiu &amp; Genocchio, 2010</xref>). Elles sont le r&#233;sultat de cheminements et de recherches artistiques sp&#233;cifiques, m&#234;me si elles ne sont pas toujours explicites.</p>
<p>Les &#339;uvres d&#8217;artistes chinois adoptant des d&#233;marches d&#8217;&#171; auto-appropriation culturelle &#187; sont particuli&#232;rement visibles sur la sc&#232;ne internationale. Ainsi, ces &#339;uvres sont expos&#233;es au &#171; monde &#187; et impliquent une repr&#233;sentation du pays associ&#233;. La r&#233;ception dans le monde occidental est d&#8217;avance biais&#233;e car ce processus laisse penser que la majorit&#233; des artistes chinois ont des probl&#233;matiques, processus et esth&#233;tiques qui d&#233;rivent de leur culture traditionnelle. Des m&#233;canismes d&#8217;exotisation se cr&#233;ent alors. M&#234;me s&#8217;il existe une transmission culturelle forte dans cette population plurielle, un malentendu semble s&#8217;installer entre production locale et r&#233;ception internationale. Certains artistes articulent leurs productions artistiques autour de leur propre culture ou histoire pour explorer de nouvelles pistes ou revendiquer certaines choses. D&#8217;autres sont complices de ce processus d&#8217; &#171; auto-orientalisation &#187; de leurs &#339;uvres afin de s&#233;duire certains acteurs et publics.</p>
</sec>
<sec>
<title>Conclusion</title>
<p>L&#8217;histoire des installations en Chine permet de discuter des rencontres entre monde occidental et chinois que leur germination et d&#233;veloppement ont cr&#233;&#233;es afin de discerner leurs enjeux pass&#233;s et pr&#233;sents. Elles r&#233;sultent de processus d&#8217;appropriations culturelles et artistiques, d&#8217;interactions et d&#8217;allers-retours intellectuels, parfois circulaires, entre ces deux mondes. Les installations sont apparues en Chine en 1985, environ 25 ans apr&#232;s leur &#171; naissance &#187; dans le monde occidental. Cette d&#233;couverte fut d&#8217;abord &#171; lib&#233;ratrice &#187; dans le sens o&#249; elle a offert aux artistes chinois une nouvelle mani&#232;re de pratiquer et de penser l&#8217;art et par extension d&#8217;appr&#233;hender le monde. &#192; cette &#233;poque, les installations euro-am&#233;ricaines ont &#233;t&#233; une source majeure d&#8217;inspiration pour le milieu artistique chinois. Initialement quelque peu f&#233;brile en contenu, elles ont continu&#233; leur cheminement, parsem&#233; d&#8217;obstacles, jusqu&#8217;&#224; devenir une r&#233;elle force chez les artistes contemporains chinois qui se sont pleinement r&#233;appropri&#233;s la pratique et &#233;mancip&#233;s de leurs premi&#232;res influences. D&#8217;autant plus que les installations font &#233;cho &#224; des notions fondamentales de la peinture lettr&#233;e et de la pens&#233;e chinoise traditionnelle. En effet, les deux formes artistiques convergent dans leur approche ph&#233;nom&#233;nologique. Les artistes chinois ont &#233;lu les installations pour traiter, explorer et transformer des &#233;l&#233;ments traditionnels de nature diverse et les adapter au langage de l&#8217;art contemporain. M&#234;me si l&#8217;apport novateur vis-&#224;-vis de ces sources culturelles n&#8217;est pas toujours &#233;vident &#224; saisir, ces installations constituent des &#339;uvres emplies de significations &#224; analyser pour comprendre les r&#233;flexions et questionnements de la soci&#233;t&#233; chinoise actuelle. En qu&#234;te &#224; la fois d&#8217;une identit&#233; individuelle et nationale, les artistes chinois exp&#233;rimentent des m&#233;thodes traditionnelles aux outils de derni&#232;res technologies. Ils construisent des ponts entre pass&#233; et pr&#233;sent, &#171; Occident &#187; et &#171; Orient &#187;, culture mill&#233;naire chinoise et imaginaire orientalisant occidental, turbulences et changements r&#233;cents (<xref ref-type="bibr" rid="B1">Albertini, 2008 : 8</xref>). Cette recherche s&#8217;inscrit dans le contexte de l&#8217;art contemporain qui porte les tensions et les n&#233;gociations &#224; l&#8217;&#339;uvre dans les processus de globalisations. Des dynamiques simultan&#233;es d&#8217;ouvertures et de fermetures &#224; l&#8217;Autre y sont particuli&#232;rement visibles. Il est donc pertinent d&#8217;&#233;tudier les r&#233;agencements des sch&#233;mas de l&#8217;art contemporain qui sont en train de se produire pour mieux appr&#233;hender et comprendre le monde contemporain aux complexit&#233;s et r&#233;alit&#233;s plurielles.</p>
</sec>
</body>
<back>
<fn-group>
<fn id="n1"><p>Dans cet article, le terme &#171; art contemporain chinois &#187; sera utilis&#233; pour d&#233;signer les pratiques artistiques r&#233;alis&#233;es &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970 en RPC afin de ne pas rentrer dans l&#8217;historique complexe de ce terme. En r&#233;alit&#233;, les artistes avant-gardistes utilisent le terme &#171; art moderne &#187; jusqu&#8217;&#224; la fin des ann&#233;es 1980, puis &#171; art exp&#233;rimental &#187;. L&#8217;&#171; art contemporain &#187; adviendra dans les ann&#233;es 1990 selon L&#252; Peng.</p></fn>
<fn id="n2"><p><ext-link ext-link-type="uri" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xlink:href="http://www.venicebiennale.hk/2013/exhibition/you-you-lee-kit/">http://www.venicebiennale.hk/2013/exhibition/you-you-lee-kit/</ext-link>.</p></fn>
</fn-group>
<sec>
<title>Competing Interests</title>
<p>The author has no competing interests to declare.</p>
</sec>
<ref-list>
<title>R&#233;f&#233;rences</title>
<ref id="B1"><label>1</label><mixed-citation publication-type="book"><string-name><surname>Albertini</surname>, <given-names>C</given-names></string-name> <year>2008</year> <source>Avatars and antiheroes: a guide to contemporary Chinese artists</source>. <publisher-loc>Tokyo</publisher-loc>: <publisher-name>Kodansha International</publisher-name>.</mixed-citation></ref>
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